Je commencerais cet article avec une puissante intention de compassion à votre égard, puisque c’est sans doute un sentiment de culpabilité ou même un schéma répétitif culpabilisant qui vous amène aussi. Je vais ici parler de ce cercle vicieux qu’est le comportement culpabilisant que l’on peut avoir à votre égard, mais aussi de votre tendance peut-être à culpabiliser, même lorsqu’il n’y a pas lieu. On pourrait aussi se poser la question “y-a-il une bonne raison de culpabiliser ?”, surtout lorsqu’on n’a rien fait de mal, ou que l’on s’est simplement autorisé à fixer des limites, à se protéger ou à exprimer son ressenti.

Le sentiment de culpabilité “justifié”

J’appelle le sentiment de culpabilité “justifié”, celui qui vient lorsqu’on a fait quelque chose de “mal”. Bien sûr, tout est relatif : ce qui est mal pour vous, ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Si par exemple, quelqu’un attaque une personne physiquement sans que ce soit pour se défendre, elle est coupable de violence physique et se sentir coupable est “normal”.

Lorsque vous posez des limites à quelqu’un qui vous manque de respect, en lui disant votre ressenti, de quoi êtes vous coupable ? Ne seriez-vous pas plutôt responsable ? Et si l’on regarde d’un peu plus près, on pourrait dire que ce sentiment de culpabilité est une forme de protection : pour éviter de faire du mal aux autres, nous avons peut-être besoin de ce sentiment de culpabilité : si je sens que je peux me sentir coupable, peut-être que c’est parce que je risque du faire du mal. Et là aussi, posez-vous la question de “est-ce que je fais du mal ?”, “c’est quoi faire du mal ?”. Comme tout sentiment, le sentiment de culpabilité est utile donc. Voyons maintenant d’autres circonstances où il devient toxique pour soi et/ou pour l’autre.

Le sentiment de culpabilité “injustifié”

J’appelle le sentiment de culpabilité “injustifié”, celui qui découle d’un mécanisme intérieur inadapté à la situation et donc, qui pourrait ne pas avoir lieu d’être. Par exemple, vous avez un proche qui vit une situation très difficile, vous voulez l’aider mais vous ne pouvez rien faire pour lui. Peut-être ressentez-vous un sentiment de culpabilité car vous ne pouvez pas le sortir de cette situation. Cependant, vous n’êtes pas responsable de sa situation : on peut donc se poser la question “est-ce que ce sentiment de culpabilité a lieu d’être ?”. Est-ce qu’il me protège et protège l’autre, en m’empêchant de lui faire du mal ? Est-ce que l’on m’a appris depuis toujours que lorsque quelqu’un souffre c’est de ma faute ? Est-ce que j’ai eu des blessures dans ma vie, parce que quelqu’un qui m’était cher m’a reproché de ne pas me plier en 4 pour lui ou elle, alors que ce n’était pas à moi de l’aider ?

Je vous invite donc à relativiser votre sentiment de culpabilité, en le remettant dans son contexte notamment, en observant le déroulement des faits de manière objective autant que possible.

Pourquoi je culpabilise toujours ?

Si vous avez lu et compris le paragraphe précédent, vous avez déjà une piste ! Certaines familles se contaminent de génération en génération d’un mécanisme qui entraîne des sentiments de culpabilité plus ou moins forts, voire violents, puisque le sentiment de culpabilité peut engendrer de très grandes souffrances. Si vous n’avez pas trouvé réponse dans le paragraphe prédécent, peut-être n’avez-vous pas conscience de tout cela, et je vais essayer de vous d’autres pistes ici.

Quand on culpabilise même lorsqu’il n’y a pas lieu, c’est qu’on se sent responsable de quelque chose alors qu’on ne l’est pas. Vous sentez-vous responsable du bonheur des autres ? Du malheur des autres ? Avez-vous la croyance (consciente ou inconsciente), que vous devez sauver les autres ? Ce mécanisme peut être hérité, appris au cours de l’éducation apportée par vos parents, ou acquise après une histoire qui a fini par vous faire croire que si les autres souffraient, c’était de votre faute.

Pourquoi l’autre me fait culpabiliser ?

Dans nos mécanismes de communication, il y a des mécanismes de protection. Pour certaines personnes, faire culpabiliser l’autre, c’est l’empêcher de s’émanciper, de s’affirmer même tout simplement. C’est donc une forme de contrôle sur l’autre, une forme d’emprise : je te fais culpabiliser comme ça tu ne te défends pas, tu me laisses avoir tout l’espace. Et c’est là où le sentiment de culpabilité devient une faille non négligeable, pouvant potentiellement vous positionner dans une posture de victime, vous faire subir une situation que vous ne souhaitez pas, voire même une situation qui est toxique.

Comment réagir ?

Quand l’autre vous fait culpabiliser, vous pouvez agir à la fois à l’intérieur de vous et à la fois dans votre rapport à la personne. Par exemple, vous pouvez choisir lorsque vous réalisez que vous ressentez un sentiment de culpabilité, de vous pardonner, ce qui permet de vous libérer de ce sentiment de culpabilité. Cela défait automatiquement l’emprise potentielle que l’autre pourrait avoir sur vous, par la même occasion. L’autre, en voyant que vous ne culpabilisez plus, pourra être découragé de maintenir ce mécanisme avec vous. Vous agissez donc aussi dans votre relation avec l’autre. Mais il y a d’autres manières d’agir dans votre relation à l’autre pour l’empêcher de vous faire culpabiliser et potentiellement de vous contrôler (qu’il le fasse consciemment ou non) :

  • Expliquer à l’autre qu’il vous fait culpabiliser et que cela ne vous permet pas d’être libre dans votre manière de communiquer, ou dans vos prises de décisions (certaines personnes ne pourront pas accepter la réalité en face lorsque vous leur direz, ne se remettront pas en question)
  • Ne pas éviter les situations où l’autre pourrait vous faire culpabiliser : non ! Il n’est pas positif ni constructif d’éviter de dire les choses ou de faire les choses qui permettent à l’autre de vous faire culpabiliser (sauf si effectivement vous faites quelque chose de mal, mais est-ce le cas ?), car vous vous étouffez en agissant ainsi : à petit feu, vous accumulerez une forme de “soumission” à l’autre et à son mécanisme culpabilisant à votre égard. Cela peut épuiser à long terme et même causer un réel mal-être, voire laisser place à d’autres mécanismes toxiques. Cependant, dans certaines situations, vous ne pourrez peut-être pas faire autrement que d’éviter les situations.
  • Poser des limites : lorsque quelqu’un vous fait culpabiliser pour des choses qui n’ont pas lieu de vous faire culpabiliser, vous pouvez poser des limites, par des actes, des paroles ou par la distanciation dont je parle après. En termes de paroles, vous pouvez par exemple dire non, là où vous n’osiez pas le dire avant. En termes d’actes, cela pourrait être de vous autoriser enfin à faire des aactivités que l’autre vous décourageait de faire alors que ça vous aurait fait du bien. Par exemple, quelqu’un vous dit que si vous partez en voyage, il va terriblement se sentir mal sans vous : cela est culpabilisant alors que vous ne faites rien de mal. Autorisez-vous ce voyage ! Et sécurisez-vous si vous pensez que cette personne peut mal réagir à votre égard.
  • Ne plus s’excuser : s’il est important de reconnaître ses fautes envers la personne concernée, lorsque vous êtes face à une personne qui use de ce mécanisme culpabilisateur de manière abusive à votre égard, vous excuser serait reconnaître que vous avez tort alors que ce n’est pas le cas, et donc valider le comportement culpabilisateur et abusif. Je ne vous invite pas à devenir sans coeur et à refuser toutes excuses, vous êtes le mieux placé pour juger, mais je vous invite à vous interroger : est-ce que j’ai fait du mal qui nécessite que je m’excuse ? Est-ce que cela est juste pour l’autre et pour moi ?
  • Prendre une distance : plusieurs façons de vous distancier peuvent permettre d’empêcher l’autre de vous faire culpabiliser. Cela peut être de ne pas répondre par exemple, ou de répondre en ayant du recul. Vous savez que cette personne à cet instant cherche à vous faire culpabiliser, vous pouvez donc prendre une autre posture que celle de la personne qui culpabilise. Vous pouvez être la personne qui est compréhensive mais qui ne culpabilise pas. Si le comportement de cette personne est trop abusif, la question de prendre ses distances en voyant moins la personne peut se poser. Vous ne pouvez pas changer l’autre, ni changer ses mécanismes, mais vous pouvez changer votre manière de réagir.
  • Vous revaloriser : si vous vous rendez compte que vous culpabilisez de manière excessive ou injustifiée, peut-être avez-vous tendance à vous dévaloriser, et cela peut être la source de votre problème. Avez-vous tendance à souvent penser que vous faites tout mal, que vous méritez qu’on vous en veuille ? Et si c’était faux ? Posez sur le papier vos qualités, et vous pouvez-même le faire régulièrement pour faire un travail de fond. Car au début, sans doute ne verriez-vous que quelques qualités superficielles alors que vous en avez plein d’autres ! Au fil du temps, vous vous dévaloriserez-moins et cela est une perche tendue de moins pour ceux qui usent de ce mécanisme culpabilisateur.

Si vous souffrez d’un fort sentiment de culpabilité, n’hésitez pas à vous faire aider car les souffrances sont bien réelles et peuvent nécessiter d’être accompagné par un professionnel, comme un psychologue.

Catégories : Relations toxiques

0 commentaire

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Accueil